Quitter son emploi

Cocktail à la bière déposée sur une table de terrasse largement ensoleillée lors d’une première journée chaude de printemps et un écran de portable qui affiche une lettre de démission. Je ressens constamment ce besoin d’effectuer des tâches désagréables dans un contexte qui m’aide à apaiser le caractère déplorable de celles-ci. La rédaction de cette lettre de démission parait chaudement agréable. Il est vrai que les rayons du soleil de cette journée entamaient mon futur beau teint d’été. Cependant, l’angoisse générée par cette obligation d’écrire mon départ, complètement volontaire, laissait les rides des muscles contractés débuter leurs marques. J’aurais voulu que le clavier tape de façon autonome ma volonté de partir, ou plutôt mon besoin prédominant de foutre le camp. Elle est où l’application « secrétaire personnel de dossiers voulant être évités »? J’ai généralement la facilité avec le principe de quitter un emploi. En fait, j’avais. Je justifie cette aisance antécédente par le fait que tous les emplois que j’ai eus depuis l’été de mes 15 ans, je les ai quittés volontairement et majoritairement positivement. Ce sont les éléments qui font toute la différence : le sentiment positif associé à un emploi versus le sentiment négatif. Sans oublier la divergence entre l’emploi étudiant et l’emploi carriériste.

Effectuer des tâches de travail le sourire aux lèvres et le rire constamment prêt à faire éclater son sentiment de bonheur; se réveiller le matin pour aller travailler et quitter la maison avec le sentiment d’aller dans un autre chez-soi; échanger des anecdotes et des savoirs auprès de collègues avec lesquels se développe une connexion relationnelle inspirante et vivifiante; ressentir que ses actions déployées sont estimées, appréciées et qu’elles apportent; avoir un verre de bière entre son patron et soi et être en mesure d’échanger sur le travail comme sur la vie, dans une ambiance de respect et de reconnaissance mutuelle; c’est ce que j’appelle vivre un emploi positif. J’ai pu énumérer ces caractéristiques en ayant en tête un job en particulier que j’ai effectué jadis. En fait, le job en soi, je l’ai fait plusieurs fois, mais à cet endroit, c’était unique (Jouvence je te mentionne ici). L’environnement de travail agréable plus conditions de travail favorables plus tâches effectuées stimulantes égales un emploi rêvé difficile à quitter. Malgré toutes les facettes positives, la vie nous donne parfois de nouvelles envies de défis et nous donne l’obligation de mettre un terme à un chapitre de vie, ce qui veut dire, de parfois quitter l’emploi qu’on occupe. C’est généralement cela qui s’est produit de mon côté : un nouveau début voulait voir le jour. Je versais des larmes (de joie et de reconnaissance bien entendu) des semaines avant la fin et je profitais de chaque accolade possible avec ceux que j’avais fait entrer dans mon champ amical. Je recevais aussi en retour tout l’amour qu’on me portait avec des pensées amicales personnelles. Des au revoir de bonheur, une fin sympathique et mémorable : quitter un emploi positivement.

Puis, il y a l’opposé. « Il faut écrire quoi pour remercier des gens qui ne méritent pas de remerciements de notre part? Des gens à qui c’est la dernière chose que l’on souhaite leur dire. » Avoir ses pensées lorsqu’une lettre de démission doit être écrite, ça exprime explicitement la relation méprisante envers ce travail. Tout comme : l’action d’appuyer à répétition sur le bouton « rappel » de l’alarme de réveil avec une émotion de frustration; l’angoisse qui transpire sur le chemin du travail; les rêves nocturnes qui font revivre à répétition les sensations vécues des situations cauchemardesques de la profession; les pleurs d’épuisement de fin de journée et les pleurs d’incompréhension de la gestion qui perdure à l’année; les autres facettes de ta personnalité, qui sont privées de profiter du moment présent parce que le gagne-pain  monopolise l’esprit jour et nuit; les envies d’assiettes à lancer et à faire éclater accompagnées de cris de contrariété; la fatigue accumulée par l’énergie grugée et la tristesse du doute de ses capacités par l’absence de soutien quand vient le besoin. Cet inconfort dans l’emploi qui déteint sur le bonheur des autres sphères de vie égale une volonté de quitter pour se sentir libéré. Contrairement aux lettres des emplois antérieurs, qui déferlaient des gratifications d’affection, les seuls mots que j’ai pu exprimer pour conserver mon professionnalisme : « Je vous remercie pour l’opportunité de travail qui m’a été offerte ».  C’est tout ce que j’ai été capable de dire. Et d’indiquer spécifiquement la date de l’arrêt de mon contrat. Des larmes, tu en verses aussi dans cette situation. Toutefois, elles coulent de désolation et de souffrance. Malgré le besoin pressant de ne plus être prisonnière, l’anxiété générée par tous ces désarrois est présente à l’idée de devoir démissionner. L’action devient stressante parce qu’il y a la peur d’une réponse affligeante. Avec autant d’évènements décevants, la peur naît facilement. Toutefois, la conscience que la valeur de la liberté fera son entrée permet de retrouver un peu ses facultés : quitter un emploi négativement.

Le terme « temporaire » caractérise généralement l’emploi étudiant. C’est une évidence prédominante dès le commencement des journées de travail que tu quitteras éventuellement parce que ce n’est pas nécessairement ton métier et que ton développement professionnel ne relève pas nécessairement de ce job. Son rôle de passager dans la ligne du temps de notre vie permet une meilleure facilité lorsque vient le temps de quitter. Le stress relié à un départ de ce milieu envahit moins l’esprit parce qu’il y a la pensée certaine qu’autre chose viendra et que ce ne sera pas le néant. La démission au caractère moins formel aide aussi à rendre l’acte moins préoccupant. Toutefois, il peut s’avérer que le passage dans ce milieu ait grandement apporté personnellement et qu’un sentiment de déchirement est présent à l’idée de dire adieu à celui-ci. Quitter un emploi étudiant : facile ou difficile. Tout dépend de ton engagement et ton attachement.

 « Avantages sociaux. Pension. Congés de maladie payés. Syndicat. Ancienneté. Finances. Sécurité. Prêts étudiants. Marge de crédit. Carte de crédit ». Ces termes qui font partie du discours rationnel lors de la réflexion concernant la conservation de son emploi de carrière. Des mots qui ne sont pas nécessairement employés dans un contexte de job étudiante parce qu’ils sont en faveur de la stabilité et de la sécurité au travail à long terme. Honnêtement, lorsqu’ils sont exprimés intensément par un être qui m’est cher, oui, j’ai l’angoisse qui nait et la raison qui se questionne si ces termes ne devraient-ils pas être considérés davantage. Pourtant, ils l’ont été considérés. Ça va de soi, un proche qui te résonne sur des points familiers, tu prends le temps de vérifier si ses questionnements reflètent ton opinion, puisque tu l’estimes. Par contre vient la grande question face à ce choix de partir : est-ce que ce langage des bénéfices et de la stabilité à long terme gagne sur la recherche de mon bonheur quotidien et l’opportunité de réaliser des rêves et aspirations? C’est le dilemme avec lequel tu es confronté et il est angoissant. En fait, c’est pire, il fout la chienne. La peur est présente parce que la stabilité assure la sécurité et que quitter c’est peut-être mettre un terme à cette stabilité.

 Dès les bancs du primaire, la question « quel emploi aimerais-tu faire plus tard? » est posée aux enfants. Absurde de demander cela à des petits de 10 ans. Je détournerais la question plutôt par : tu rêves de quoi? Quels sont tes intérêts, qu’aimes-tu faire? Tu as des projets que tu aimerais réaliser? La pression exercée dès notre jeune âge pour tenter de définir la profession qui concorde avec soi limite notre potentiel beaucoup plus large qu’un seul emploi. J’ai écouté dernièrement un épisode podcast « The minimalists » sur les relations avec les gens et les deux hommes mentionnaient que nous avons tendance à demander aux gens ce qu’ils font dans la vie, comme job, au lieu de s’intéresser aux intérêts, aspirations et talents des gens. Dans nos échanges, notre travail vient généralement nous définir auprès des autres. Toutefois, nous sommes tellement plus que notre gagne-pain. Ce sentiment d’obligation à trouver un métier de vie, imprégnée depuis l’enfance, génère de l’effroi, de la panique et de l’inquiétude lorsque ton être veut prendre la décision d’aller à l’encontre de cette convention sociétaire moulée et ancrée. Personnellement, j’ai la chance de venir d’une génération qui brise ces règles de société parce qu’elle a compris qu’elle devait profiter de la vie. Elle a l’écoute de son bonheur assez développée. J’aime son côté individualiste et égocentrique, parce que ses défauts lui permettent tout de même de posséder une qualité de courage et de saisir la réelle raison de la vie : vivre. Vivre en prônant ses valeurs pour l’atteinte du bonheur. Bien évidemment, je n’ai pas de petites bouches à nourrir sauf la mienne. La réflexion se fait plus aisément, les conséquences ne concernent que moi. Par contre, je ne crois pas qu’avoir des enfants devrait freiner une décision qui a une influence sur son propre bonheur. Et un bonheur magané ou absent de la part d’un parent, ça déteint sur la progéniture. Un parent heureux égale un enfant heureux. J’admire ces pères et mères de famille qui ont déjà pris cette décision de tout changer, malgré les obstacles possibles, tout cela pour assurer un meilleur bonheur familial. Quitter un emploi de carrière : un retournement effrayant, digne d’un défi professionnel, mais surtout personnel.

Pour ma part, l’évidence que je suis plus qu’une enseignante m’a frappé, heureusement pour moi, en début de carrière. Je tente de voir le passage dans un milieu d’emploi malsain et empreint de négativité comme une chance qui m’a permis cette constatation. Je ne dis pas que je mets un terme à cette partie de moi, au contraire, je me permets de rechercher, dans ce changement, cet équilibre possible pour exploiter ma personnalité au maximum et être Mélissa dans son entièreté.

Être soi, pleinement et authentiquement, c’est ce que je me souhaite et ce que je te souhaite.

« So as you leave it all behind

Just keep your head up and follow

 The atlas in your eye”

Atlas in your eye – Dustin Tebbutt

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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