Atypique

« Always had a fear of being typical”

Evolve. Album révélateur pour mon être. Imagine Dragons évoque des paroles qui rejoignent une majorité de mes états actuels ou antérieurs, dont celle-ci que je répète depuis mon enfance « J’ai peur d’être ordinaire ». J’ai aussi le souvenir d’une scène du film « Deux frogs dans l’Ouest » qui me revient à la pensée de ces paroles. Marie, personnage principal, souhaite partir vers l’Ouest et délaisser ses études pour le moment. Cela génère un conflit entre sa famille et elle, particulièrement son père. Dans cette scène d’engueulade, son père lui crie « ben oui on est ordinaire, toi aussi tu es ordinaire! » Des larmes avaient coulé sur mes joues, j’avais dû suspendre le film un instant pour vivre l’émotion de tristesse qui avait resurgit à l’écoute de ces paroles. Il s’agissait plus que de l’empathie envers Marie : c’était une compréhensibilité connectée. Marie et moi vivions des moments de confrontation avec nos proches et avions des envies spéciales similaires. Ces envies d’aventures extraordinaires.

Maintes fois cet assemblage de mots « je ne veux pas être ordinaire » est sorti de ma bouche ou a été exprimé sur papier. Cette phrase réapparaissait particulièrement lors des moments de changement, de réorientation de vie, mais surtout lors des prises de décision. J’ai tenté à plusieurs reprises d’articuler cette crainte afin qu’elle soit saisie. Par moi et par les autres. Puis, le simple principe de réfléchir à ce désir de ne pas être ordinaire a défini mon caractère extravagant. Aussi, les volontés face à ma vie, perçues souvent excentriques de la part de mon entourage, peuvent disqualifiées le terme « normales » comme qualificatif de ces désirs. C’est d’ailleurs ces envies singulières qui me permettent de me désigner « atypique ».

Cette flamme qui m’anime, pour mes aspirations qui diffèrent régulièrement des standards de vie imposés inconsciemment par la société, subsiste en moi depuis ma naissance. Ce n’est que dans les dernières années que j’ai constaté l’existence de son ardeur. Au départ, sa fougue m’était perçue comme une forme d’opposition contre l’autorité et les géniteurs et comme des désirs contestés. Je ne réalisais pas que ma personnalité tentait de se forger en s’alimentant d’intérêts dissemblables de mon entourage. C’était difficile pour moi de le constater car leurs incompréhensions face à mes goûts, souhaits et besoins, ils les expliquaient par le concept de « crise d’adolescence ». Plusieurs prenaient ceux-ci comme la raison à mon dissentiment et étaient aveugles du déploiement de mon unicité, car elle ne concordait pas nécessairement avec les attentes de la majorité.

Je réalise que finalement, avec mon caractère unique, je peux délaisser cette peur d’être ordinaire dans mon esprit et soulager l’être qui souhaite exister à sa façon. Toutefois, vouloir vivre à sa manière peut créer une nouvelle crainte, une qui te génère un tremblement dans le corps et dans la voix lorsque vient le temps d’exprimer tes idées, tes projets et tes rêves. Cette réaction physique t’accompagne parce que c’est la crainte d’être incompris qui subsiste. Ce sentiment d’exprimer sans ressentir une réceptivité s’avère souffrant, peut-être même davantage que la peur antérieure. Cette différence innée des volontés d’une personnalité distincte génère automatiquement une lutte envers les intentions usuelles et la création de jugement de ceux qui suivent ces exigences courantes. C’est donc primordial d’apprendre à se créer une armure contre le jugement. La création de ce mur de protection du jugement exige le développement de la croyance que ses envies peuvent exister, qu’elles possèdent de la valeur et qu’elles méritent d’être considérées et respectées. Il faut estimer la manifestation de sa personnalité afin qu’elle puisse rayonner à pleine capacité. C’est un défi quotidien assuré qui s’avère véritablement, pour ne pas nier, épineux. La confiance et l’estime, comme ils disent, c’est le travail d’une vie.

Puis, ce n’est pas le jugement de l’inconnu qui effraie le plus, mais celui du familier. Un être proche, celui avec qui tu entretiens une relation, qui ne saisit pas tes idées, t’atteint davantage parce qu’instinctivement, sociétairement, tu devrais concorder avec les valeurs et pensées des êtres qui partagent tes gênes. Mon côté spirituel me pousse à croire que la biologie ne peut définir entièrement l’individualité d’une personne. Pour moi, la personnalité se forge majoritairement selon les expériences que nous vivons et les rencontres que nous faisons, accompagnée du tempérament que la biologie nous a léguée. Il y a beaucoup plus de facteurs influents que les gênes qui nous composent.

Malgré cette petite crainte d’être atypique dans un monde encore victime de moules sociétaires, je me rassure en constatant par mes rencontres, qu’il y en a plusieurs qui sont de mon espèce. Parce qu’au fond, à bien y penser, il y en a plus qu’on pense des êtres qui diffèrent de la normalité, puis certains, heureusement, viennent de la même famille atypique avec qui il est bon de partager et d’exister.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s