Lettre à la dépression

Chère-toi,

Les mots qui suivront exprimeront mes sentiments à ton égard. Oui, je suis émotionnellement impliquée avec toi puisque tu as décidé de passer dans ma vie. C’était bien évidemment des rencontres que tu as imposées. La première était juste avant le début de ma vingtaine. Je ne t’avais pas réclamé, ni la deuxième fois qui est survenue dernièrement. Dans mes conceptions, tu te présentais seulement à des gens plus âgés possédant davantage d’expériences et de vécu qu’une jeune femme de 19 ans et 26 ans.

Je vais être honnête, cette lettre te dira tes quatre vérités.

Effrayante serait le premier qualificatif que je t’attribuerais. Tu déstabilises négativement la vie quotidienne de quelqu’un. Tu génères donc des craintes facilement et rapidement. Avoir peur de sa propre personne par ta présence, c’est une des sensations les plus souffrantes. Particulièrement pour la jeunesse qui a une connaissance moindre de ta personnalité. Je savais à peine qui tu étais que tu t’inséminais dans ma vie, sans envoyer un préavis de ton arrivée.

Imprévisible te qualifierais donc aussi parfaitement. Tu décides égocentriquement du temps où tu apparais et aussi chez qui. Tu possèdes un parti pris pour ceux dont les neurones sont en déficience. Tu en profites largement dans les familles où la sérotonine prend souvent des vacances. Ces membres de la famille qui finissent par croire qu’ils la font fuir et t’attire. Ces membres, comme moi, qui craignent de faire perdurer leur lignée par peur que tu ne les visites eux-aussi.

Mes lamentations exténuantes continues, parce que tu envahis mes journées et mes nuits de tes larmes, te définissent comme épuisante. Ces larmes en soi qui me vident de mon énergie, qui m’endorment lorsque le soleil brille et qui me réveillent pour joindre les hurlements des loups. Ces pleurs qui pleurent de pleurer. Cette eau intérieure qui se déverse abondamment et qui me déshydrate l’âme et la confiance.

Humiliante. Mon souffle que tu te permets de couper à maintes reprises et même à certains moments devant public. Briser ma réputation d’oratrice et d’actrice ainsi génère des questionnements sur les capacités de mon être. Ta réputation catégorisée dans les maladies qui atteignent le mental (ces maux encore tabous) est dégradante pour l’estime, la confiance et l’assurance.

Oh combien envahissante! Le temps perdu par les heures où tu m’exiges une position fœtale sur mon lit à me faire ruminer des pensées négatives et à créer les pires scénarios possibles sur mes situations et relations de vie. Ces pensées que tu contrôles à ta guise en permanence. Oui, tu prends le monopole de mon esprit et limite mes interactions avec les autres. Par ta faute, je deviens absente pour ceux que j’aime. J’ai trop peur de les déranger, de les exaspérer et de les humilier, je reste donc confinée en solitaire le plus possible, parce que même en leur présence, tu prends toute la place et je suis ailleurs, avec toi, plutôt qu’avec eux. Tu hypnotises ma concentration pour qu’elle ne se consacre qu’à toi. Tu me fais paraître égocentrique et désintéressée d’eux.

Le sentiment d’émerveillement n’existe plus à l’idée de voir un être aimé. Écouter ma chanson préférée ne me fait même pas vibrer : je n’ai même pas la capacité de la faire jouer. Ta neutralité gobe toute motivation et intérêt. J’ai le poids de la démotivation qui me donne l’air d’une baleine échouée, incapable de faire l’effort de se redresser. Tu es démotivante.

Fataliste. Tu as ce caractère détestable par ta souffrance atroce qui fait en sorte que certains rendent leur sort fatal. J’ai aussi eu ton côté meurtrier qui baignaient dans mes pensées une certaine soirée. J’ai imaginé la mort et je l’ai voulu, par ta faute. Heureusement, j’ai tué ce côté avant qu’il ne me tue moi. Malheureusement, tu t’es acharné chez des amis que tu as fait disparaître de ma vie, et de la leur… À quel point tu gagnerais le prix d’excellence de la souffrance et de la douleur.

Par tes défauts multiples, dont ce sentiment étouffant d’un malheur prédominant qui prend refuge dans mon psychologique, je suis devenue invalide de mes fonctions de formatrice des petits humains. J’ai développé une haine immense à ton égard qui s’alimentait au fil des semaines que tu me prenais. Après toutes ces journées à t’haïr, je me suis remémorée qu’on dit qu’il y a une proximité entre la haine et l’amour. La ligne serait mince entre les deux. J’ai donc réfléchi à ce que je devais franchir pour t’aimer, parce que t’haïr ne semblait pas me guérir. La seule façon que j’ai trouvé, c’est d’accepter ta présence. Accepter ton caractère haïssable pour mieux saisir ta portée. Je me suis dit qu’apprendre à te saisir davantage allait aider à un développement relationnel entre nous. Qu’un lien créé allait peut-être me laisser découvrir tes qualités et les apprécier.

Cette acceptation a eu raison d’être essayée. J’ai pu comprendre le motif de ton existence dans ma vie. Elle est simple: me protéger du pire et m’éloigner de ce qui ne m’est pas destiné. Je crois profondément que pour tous, tu es un synonyme du mot « pause ». Tu mets « à boutte » ceux que tu visites parce que tu souhaites qu’ils fassent une interruption, une suspension de leur vie. Tu leur fais perdre leurs repères dans le but d’agir comme une boussole qui va les réorienter vers un scénario de vie amélioré. J’ai beau te considérer imprévisible, tu es celle qui sait à quel moment apparaître parce que tu as cette raison d’être. Tu as surgi alors que tu m’as vu assister à une suite événements professionnels et personnels déstabilisants, éprouvants, embarrassants, pénibles, insoutenables, exigeants, inadéquats et traumatisants qui m’ont démoli.

« Come talk to me ». Ce sont ces paroles de Bon Iver ou Goldspot ou Peter Gabriel (peu importe, j’écoute toutes les versions) qui résonnent dans mes oreilles alors que je t’écris. Je fais des liens. Encore, comme toujours. J’aime créer des liens. « Don’t you ever change your mind, now your future is so defined, and you act so deaf, so blind, come on, come talk to me.” Te parler, me parler. C’est ce que tu souhaitais. Simplement. Tu voulais que je me parle, que je discute avec mon âme et ma personnalité pour connaître leur avis sur leur place dans la vie que je menais et les événements qui m’ont atteint. Tu souhaitais que nous nous entendions sur mes réels désirs, intérêts, valeurs et rêves. Tu souhaitais que je réfléchisse si j’étais une femme de vocation ou non. Tu voulais aussi que je vois qu’il faut quitter les lieux malsains qui ne changeront pas demain. Au fond, tu voulais que je reprenne ma vie en main et que je la remette à mon image. Tu me disais qu’il était temps de faire un pas vers l’avant et de suivre mon intuition et mes envies…

À quel point tu es à la fois la pire et la meilleure chose qui me soit arrivée.

Merci à toi dépression.

 

P.S : Toutefois, je me donne le droit de te demander d’aller héberger ailleurs pour une décennie, des vacances cela ne te ferait pas de tort. À nous tous non plus…

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